Lecture – « D’où vient l’argent » de François Rachline

Le 16 février 2012 - 16:23 | 2 commentaires

Par Anne-Laure Boursier,groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation Nicolas Hulot.

« D’où vient l’argent ? » est un livre très pédagogique qui répond à deux questions simples : qu’est-ce que l’argent et d’où vient-il ?
La notion d’argent fait partie de ces concepts tellement ancrés dans notre quotidien qu’on ne se pose plus de questions à leur propos. Pire que cela, des croyances erronées à son sujet sont très répandues.
Demandez autour de vous : à moins que vous ne fréquentiez que des économistes,  ce qui n’est pas mon cas, vous serez surpris du nombre de personnes qui pensent encore que les banques possèdent en garantie dans leurs coffres autant d’or « sonnant et trébuchant » que d’argent, au sens « monnaie », inscrit sur les comptes de leurs clients. Egalement rares sont les personnes qui savent que les banques créent de la monnaie à partir de rien, par simple inscription sur leurs comptes.

Il faut donc reprendre le sujet à son fondement économique et culturel. François Racheline nous raconte ainsi l’histoire de l’argent et nous fait suivre pas à pas le chemin qui a conduit au système monétaire actuel : des mines d’or aux vols de trésors de guerre, sources initiales de richesse pour les états, de l’invention de la créance sur une banque, c’est-à-dire de la monnaie papier ou fiduciaire, jusqu’à l’étalon or, aux banques centrales et au capitalisme que nous connaissons aujourd’hui.

Le sens de la notion de richesse et son évolution sont retracés à travers les mythes, les utopies et les contes qui ont inspiré l’imaginaire des hommes : que ce soit Midas se baignant dans le Pactole pour échapper au privilège de transformer tout ce qu’il touche en or ou Candide de Voltaire au pays d’Eldorado.
L’origine de l’argent ainsi expliquée, il apparaît que nous disposons aujourd’hui des moyens de faire croître les réserves monétaires bien au-delà des limites imposées par les institutions existantes. Cette liberté relativement récente date de la fin du XIXème siècle. Or nous n’osons pas nous en saisir pour imaginer un monde où le problème de manque d’argent chronique serait résolu, où nous disposerions d’autant d’argent que nécessaire.
Ce monde serait possible selon François Rachline, grâce à la création d’une banque centrale mondiale, globale, indépendante des états, des institutions internationales, des ONG, des entreprises et des individus. Elle serait en charge de concevoir l’argent dont nous avons besoin pour résoudre les problèmes des sociétés humaines : faim et malnutrition, accès à l’eau, à l’énergie, financement de la recherche etc. Pour tout simplement construire un monde souhaitable pour demain.
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D’où vient l’argent ? suivi de Pour une Banque centrale mondiale – Ed Hermann – 200 pages – 2011

François Rachline est docteur en sciences économiques. Il est conseiller spécial du Président du Conseil Economique, Social et Environnemental. Il enseigne l’économie à Sciences Po. Il a écrit plusieurs ouvrages traitant de différentes problématiques économiques.

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2 commentaires

  1. Je n’ai pas lu le livre mais je me pose déjà la question suite à votre résumé:
    A la vue de la puissance de l’argent, n’est ce pas dangereux de centraliser autant de pouvoir que celui de la création monétaire au niveau mondial dans une institution indépendante de tout ? Peut-on, aujourd’hui, sereinement proposer l’élaboration d’une telle institution suite au désastre engendré par le statut d’indépendance de la BCE?

    Je suis assez nouveau dans le débat autour de la monnaie; mais puisque l’article discute des systèmes monétaires idéaux, je me permets mon commentaire.

    A mes yeux, c’est le manque de symétrie associé aux mécanismes de création monétaire qui est à l’origine des maux économiques décrits. Un système monétaire ne peut être sain que si ses mécanismes sont symétriques : soit le droit de création monétaire est attribué à tout le monde (par un système socialisé du crédit comme le propose F.Lordon par exemple) soit il est le privilège d’une seule entité centrale qui travaille pour le bien commun et qui est directement vulnérable face au peuple « democratically accountable ». Le risque d’hyperinflation par excès de création monétaire serait alors minime car il a été clairement identifié et pourrait être rapidement dénoncé.
    Cette analyse s’applique aussi au niveau international. Chaque nation détient sa monnaie (jusqu’à l’avènement de l’Euro). La symétrie est conservée, l’égalité et l’indépendance de chaque nation avec.

    Ainsi une réforme du seigneuriage comme la proposition de 100% monnaie me parait bien plus idéale. Je ne vois pas ce qu’apporterai une institution monétaire supplémentaire au niveau mondial si ce n’est un risque de se voir accaparé sa souveraineté par une poignée de technocrates intouchables. La dévaluation naturelle d’une monnaie du au déficit commerciale n’est-elle pas saine et suffisante comme mécanisme de régulation?

    Commentaire by Tétef | Le 16 février 2012 - 19 h 05 min

  2. La création d’une banque centrale mondiale ne serait possible qu’avec la création d’un état mondial, car il faut un Etat pour garantir les émissions de monnaie sous forme de prêt d’une banque centrale. En l’absence d’un état mondial, on retombe dans la problématique de la BCE.

    Commentaire by affacturage | Le 6 mars 2012 - 16 h 37 min

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