La BCE doit aussi financer des investissements favorables à l’activité

Le 28 juin 2011 - 18:04 | Commentaires fermés

Interview d’Alain Grandjean, économiste, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation pour la Nature et l’Homme. Propos recueillis par Adrien de Tricornot – Le Monde – 21/06/2011.

Cette interview porte sur notre proposition Financer l’avenir pour creuser la dette que vous pouvez retrouver sur ce blog. Regardez également cette vidéo de quelques minutes pour comprendre l’objet de la proposition.

 


Interview d’Alain Grandjean sur le financement…

Vous proposez un plan d’investissement écologique et social de 600 milliards d’euros sur dix ans en France, qui serait financé par un emprunt auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Quels en sont les contours ?

Le système économique actuel n’est pas durable. Nous avons besoin d’investissements écologiques considérables pour réaliser la transition vers un modèle sobre en ressources et émettant peu de gaz à effet de serre. Il faudrait investir pour cela l’équivalent de 3 % du produit intérieur brut (PIB) pendant dix ans, soit 600 milliards d’euros au total. L’idée serait aussi d’étendre ce dispositif à l’échelle européenne. En France, quelle que soit l’option prise sur le nucléaire, il faut promouvoir massivement les énergies renouvelables décarbonées et faire des efforts très importants pour économiser l’énergie, ce qui suppose de rénover et d’isoler 30 millions de logements ainsi que les bâtiments publics.
Il faut développer les transports en commun, les voitures à très basse consommation, les compteurs électriques intelligents, etc. Réseau ferré de France (RFF) a aussi besoin d’investir dans des infrastructures de fret, mais il est lesté par sa dette. Tous ces projets fourniraient de l’activité pour les 5 millions de personnes en situation de sous-emploi chronique. Ces dépenses ne peuvent pas être supportées par les ménages, faute de moyens, ni par le secteur privé, car il a des exigences de rentabilité élevées et courtes. Forcés à la rigueur budgétaire, les Etats n’investissent plus. Le schéma que nous proposons rendrait possible des investissements dont la rentabilité est faible et inscrite dans la durée.

 

Comment envisagez-vous la mise en oeuvre de ce plan ?

Les programmes seraient gérés par une agence publique d’investissement, dont la gouvernance devra être exemplaire et transparente. Pour les financer, nous proposons que la Caisse des dépôts et consignations (CDC), ou bien une banque d’investissement publique créée pour l’occasion, emprunte auprès de la BCE à taux très faible. Le point-clé est que la BCE accepte comme contrepartie les instruments de dette créés par cette structure, voire qu’elle les achète. La BCE ne peut financer directement des Etats, mais la crise a montré qu’elle pouvait intervenir indirectement dans les mécanismes de sauvetage de ces pays, et, d’autre part, soutenir massivement les banques. Ce qui a été fait dans ces domaines doit pouvoir être réalisé pour sauver la planète et permettre à l’Europe de passer à un modèle durable.

 

La BCE est-elle susceptible de l’accepter ?

L’objection principale pourrait être le risque d’inflation créé par les liquidités qu’elle prêterait. Sur le long terme, on constate pourtant que l’inflation est davantage corrélée au prix des matières premières qu’à l’offre de monnaie. Et le programme d’investissement que nous préconisons vise précisément à rendre l’économie beaucoup moins gourmande en ressources. La masse monétaire mondiale progresse fortement depuis le début des années 2000 – encore plus depuis la crise – sans provoquer de flambée des prix, si ce n’est sur le logement ou les matières premières. Mais jusqu’ici, la monnaie nourrit des bulles financières et sert à renflouer les bilans bancaires ; là, elle accompagnera le développement de l’économie réelle et, en particulier, la construction de logements, ce qui sera désinflationniste.

 

Cette dette sera-t-elle considérée comme celle de l’Etat ?

Non, elle doit être cantonnée hors du budget de l’Etat. Elle permettra un programme d’investissement favorable à l’activité en Europe alors que, d’un autre côté, les plans de rigueur la freinent considérablement. Les pays fragiles – la Grèce, l’Irlande, le Portugal – mènent des politiques déflationnistes sans issue, s’engageant dans une spirale comparable à celle des années 1930, avec le risque de faire le lit de l’extrême droite. Au final, la BCE sera peut-être obligée de monétiser massivement la dette de ces Etats, à l’image de la Fed, la Réserve fédérale américaine – qui a créé de la monnaie pour absorber les nouvelles émissions d’emprunts d’Etat.

 

 

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