Créer de la monnaie oui mais pour financer l’avenir

Le 23 novembre 2011 - 12:47 | 3 commentaires

Par Marion Cohen, pilote du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme

Dans un récent article, Patrick Artus, note que la liquidité mondiale est de plus en plus incontrôlée (Flash Economie n°759 – oct2011). Ce phénomène correspond à différents objectifs poursuivis par les Banque centrales : faire repartir l’économie, rachat des actifs que les investisseurs privés ne veulent plus détenir, éviter l’appréciation du taux de change… Pour un économiste, ces diverses raisons sont compréhensibles et relèvent des outils de la politique monétaire. Pour un non économiste, c’est moins clair. Il ressort, en effet, essentiellement de cette analyse que la création monétaire est mise au service de la monnaie elle-même afin d’agir indirectement sur l’activité économique.

En période de resserrement du crédit, d’omniprésence des politiques de rigueur (baisse des salaires, des retraites, des prestations sociales, déconstruction des services publiques…), d’absence quasi totale de financement pour les projets de la nécessaire transition écologique de notre économie, il semblerait beaucoup plus efficace de mettre directement la création monétaire au service des projets concrets.

 

Patrick Artus identifie trois causes possibles de cette création monétaire par les Banques centrales.

Soutenir l’économie

Aux Etats-Unis et au Royaume Uni, les Banques centrales (BC) ont ainsi maintenu depuis 2008 leur taux directeur proches de 0. L’idée ici est de soutenir l’investissement en relançant l’activité de crédit des banques. En effet, très schématiquement, le taux directeur de la BC est celui auquel elle prête aux banques commerciales (très proche de celui auquel les banques se prêtent entre elles). La BC espère donc que celles-ci répercuteront la baisse du coût de leurs emprunts sur les taux d’intérêt des prêts qu’elles accordent aux acteurs économiques. (rq : un autre objectif est de fluidifier les prêts entre les banques).

Les BC anglo-saxones sont également intervenues sur les marchés pour acheter des actifs liés à l’immobilier puis des bonds du trésor. Il s’agissait dans ce cas, d’une part, d’améliorer le bilan des banques (en les allégeant d’une partie de leurs actifs toxiques liés au subprimes) et de soutenir les politiques de relance des gouvernements en faisant baisser les taux d’intérêts des obligations émises par les Etats. Notons bien sur ce dernier point qu’il ne s’agit pas ici d’achet direct de bonds du trésor aux gouvernements. Les banques restent un point de passage obligé. De plus, aucun processus transparent ne permet de garantir que l’argent créé permettent effectivement de financer des projets d’avenir favorable à la reprise économique durable.

Achat par les Banques centrales d’actifs dont les investisseurs privés ne veulent plus.

C’est, par exemple, ce qu’a fait la BCE avec les dettes souveraines des pays de la zone euro en difficulté. Cela passe par deux modes d’action. D’une part la BCE a accepté que lors de leurs opérations de refinancement les banques commerciales puissent le faire en donnant en collatéral des titres fortement dépréciés (obligations grecques par exemple ).  d’autre part, la BCE a commencé a acheté des titres de dettes publiques sur le marché secondaire (celui de la revente). L’objectif est là de limiter la hausse des taux d’intérêt des dettes souveraines.

 

Limitation de l’appréciation de change

Afin de limiter l’appréciation excessive de leur monnaie (qui renchérissent les produits exportés), les Banques centrales des pays émergents (ainsi que la Suisse et le Japon), interviennent sur le marché des changes en créant de la monnaie pour accumuler des réserves de change (c’est-à-dire acheter des devises et en particulier du dollar).

 

En conclusion, osons mettre la création monétaire au service de la transition économique, écologique et sociale.

Cette rapide analyse permet de comprendre que la création monétaire est utilisée uniquement de façon indirecte pour soutenir l’activité économique : soutenir l’activité de crédit des banques, éviter que les taux d’intérêt des emprunts publics n’explosent, maintenir raisonnable l’appréciation des taux de changes… Sur tous ces sujets, le succès n’est pas au rendez-vous. Pire, les indicateurs de ce qui devrait constituer les véritable objectifs de notre société (lutter contre la pauvreté et la précarité, réduire les inégalités, rendre notre économie moins dépendante de l’énergie et des ressources naturelles…) sont tous au rouge. Il est plus que temps que les Etats amorcent un virage et orientent leurs politiques pour répondre à ces enjeux prioritaires. A ce moment là, la politique monétaire pourra vraiment être mise au service du bien commun en finançant directement les projets d’avenir.

 

Crédit image : Money Tunnel par RambergMediaImages sur Flickr (licence Creative Commons)

 

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3 commentaires

  1. [...] avoir une croissance estimée à 4% par an. Cette création monétaire peut être disponible pour financer des investissements d’intérêt publique, social, [...]

    Ping by Les banques privées ont le privilège de création monétaire | OCCUPY FRANCE | Le 28 novembre 2011 - 21 h 49 min

  2. [...] avoir une croissance estimée à 4% par an. Cette création monétaire peut être disponible pour financer des investissements d’intérêt publique, social, [...]

    Ping by Les banques privées ont le privilège de création monétaire » Les Indigné-e-s | Le 29 novembre 2011 - 2 h 48 min

  3. Il me semble souhaitable que la FNH prenne position pour une solution euro(péenne) permettant de développer l’activité de transition écologique et énergétique (activités et emplois qui fourniront des nouvelles recettes fiscales à l’Etat lui évitant de creuser la dette). C’est que la BCE puisse émettre directement sans intérêts, au bénéfice de la zone euro (et non pas des Etats pris individuellement), 300 ou 400 milliards par an pendant 10 ans: une politique européenne de grands travaux dans l’esprit du “grand emprunt”.

    Qui pourrait gérer ces montants au bénéfice des pays européens?
    Je n’ai évidemment pas les réponse, tout au plus puis-je suggérer
    - Une structure nouvelle (encore une ?) chargée de définir un “plan” d’investissement européen, de gérer les appels d’offre et le suivi des chantiers ?
    - La Commission existante avec un nouveau commissaire?
    - Un mix des deux en passant par le Parlement Européen?
    - Une autre structure existante dont je n’aurais jamais entendu parler ?

    Ce qui est important c’est que l’utilisation de cette émission monétaire – qui serait décidée par les Chefs d’États et “imposée” à la BCE – bénéficie d’un vrai budget séparé.

    Commentaire by A-J Holbecq | Le 19 décembre 2011 - 10 h 11 min

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