Le dessin animé monétariste. Vous en avez rêvé ? La BCE l’a fait !

Le 5 juillet 2011 - 12:26 | 2 commentaires

On a tous vécu ce moment en classe de 5ème où le professeur d’histoire-géo vous passe à la télé un documentaire ludique et pédagogique sur la démographie française ou sur le marché commun. Le son est déprimant, l’image est vieillotte et on n’écoute que d’une oreille. Saluons donc l’initiative de la banque centrale européenne (BCE) qui nous remémore ce moment en proposant un dessin animé qui explique aux jeunes générations le rôle de la politique monétaire.

Je ne résiste pas à vous raconter l’histoire de ce dessin animé.

Synopsis du dessin animé

Un couple de jeune est transposé dans un marché du moyen âge et il constate que les prix augmentent. Une bête assez hideuse leur propose alors un grand sac de pièces supplémentaires ce qui ravit le jeune homme car il croit disposer d’un plus grand pouvoir d’achat. Mais la jeune femme comprend que l’augmentation des prix induite surpassera le volume de pièces que leur a donné la bête, laquelle bête ne cesse de grossir et de distribuer toujours plus de pièces, les prix flambent encore et, en bout de course, la villageoise retraitée (détail sociologique non anodin) ne peut plus se payer du poisson.

On apprend que le jeune homme a en fait cédé à l’illusion monétaire, cette tentation que leur proposait la bête hideuse consistant à croire que la création monétaire (ie : la distribution de pièces) est source de richesse alors qu’elle ne fait que nourrir la hausse des prix. On apprend aussi que la bête immonde a un nom : « Inflation ».

Le couple est alors transporté dans le présent, monde magnifique où l’inflation n’est pas trop élevée car la BCE veille. Dans les explications données sur ce sujet signalons ce beau moment d’éternité où le responsable estime que les cours du pétrole impactent l’inflation mais sur le courte terme seulement, le seul vrai facteur influant sur le moyen-long terme étant, on l’a compris, l’évolution de la masse monétaire. Nous sommes réellement contents d’apprendre que l’augmentation des prix de l’énergie est un phénomène…de court terme (ne vous inquiétez pas le baril va redescendre à 30 dollars très  bientôt).

 

En conclusion

Au final, l’objectif pédagogique de ce dessin animé est réussi car on ne saurait mieux exprimer le réductionnisme (il n’y a que l’inflation qui compte) et le dogmatisme (création monétaire = inflation) de la BCE : dans l’inconscient du banquier central, il n’y a qu’un méchant c’est l’inflation. Le chômage, la dette, la spéculation sur les actifs financiers et immobiliers …tout ça n’existe pas. Je n’ose même pas évoquer la crise du climat et de l’énergie ou le mal-logement.

On pourra objecter que, de par sa vocation pédagogique, ce dessin animé ne peut être que réducteur. Il reste que la concentration psychorigide sur la thèse monétariste est largement de trop. En tout état de cause, proposer aux jeunes ce dessin animé dans notre contexte de crise financière relève d’un aveuglement qui fleure bon la télévision soviétique des années 1970.

 

Par François Carlier, membre du groupe de travail mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme sur les questions financières

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2 commentaires

  1. :) :)

    Le dessin animé est d’autant plus délirant que la BCE a plus ou moins abandonné ces principes dans la pratqiue : pour surveiller l’inflation ils ont le nez sur les marchés du pétrole et de matière première.
    Mais, en effet, il doivent vouloir continuer à tenir la ligne historique monétariste en termes de communication.

    Commentaire by Lonne | Le 7 juillet 2011 - 12 h 45 min

  2. Sur les dégâts du monétarisme dogmatique, voir aussi:
    http://tinyurl.com/6zd52n6
    Sur la dette publique:
    http://tinyurl.com/dettepublique

    Ci dessous un exemple de msg que nous pourrions déposer en masse sur cette adresse du site de la BCE:
    education@ecb.europa.eu (Un peu de spam utile… que diable !)

    Bonjour

    Bravo pour votre initiative sur Internet:
    http://www.ecb.int/ecb/educational/economia/html/index.fr.html dont on n’a pas de raison de craindre, a priori, qu’elle se soucie moins d’éducation que… d’endoctrinement !

    Cependant ce « crédit » ainsi accordé à la BCE, (en inversant les rôles… pour une fois !), serait bien plus justifié, (« crédible » même…), si en plus de la rubrique: « Qu’est-ce que l’inflation ? » (avec l’image d’un monstre bien propre à faire peur aux petits enfants), vous traitiez d’autres questions, qui semblent aussi vitales, et peut être plus effrayantes… comme par exemple, celles listées ci dessous.

    Bien cordialement,

    Un citoyen européen.

    - Pourquoi dans les 10 pays les plus riches du monde, des dizaines de milliers de gens vivent -et meurent- dans la rue ?

    - Qu’est-ce que le chômage ? (Un bon moyen – NAIRU(*) Merci ! – de limiter l’inflation?)

    - Comment la création monétaire par les Banques Centrales peut en principe, (c. à d. sauf dispositions particulières des Traités européens), apporter aux Etats des moyens de paiements permanents et gratuits ?

    - Comment de tels moyens de paiements pourraient aider à lutter contre la misère et le chômage, sans que cela se traduise forcément par une inflation excessive. (cf. la situation économique en France, avant 1973)

    - Comment – et par qui – est tranché le dilemme entre respect des droits humains et lutte contre l’inflation ?

    - Pourquoi une monnaie unique sans solidarité entre ceux qui sont contraints de l’utiliser, peut constituer à la fois une aberration et une injustice ? (puisqu’un déficit temporaire peut se transformer en austérité permanente).

    - Pourquoi de grands apôtres de la rationalité, pourquoi des « Européens convaincus… que… face à la mondialisation « l’Union fait la force » ne peuvent-ils admettre « qu’une porte doit être ouverte ou fermée » ? Plus précisément, la raison n’impose-t-elle pas de choisir:
    * soit, pour garder la monnaie unique, (et l’Union…), il faut rectifier l’absence de solidarité,
    * soit, ceux qui ne veulent pas de la solidarité doivent quitter la monnaie unique, (sauf à en faire une… « monnaie inique ») ?

    - Pourquoi en 2011, le statut de la BCE est-il la copie conforme de celui de la Bundesbank de l’après guerre ?

    - Quel choix laissent donc aux autorités monétaires ce statut hérité de certains Etats membres ? Ecraser les débiteurs, sans jamais s’interroger sur la responsabilité de créanciers qui se comportent comme… des « passagers clandestins de l’Euro » ? (En effet, pour que certains pays membres de l’Eurozone aient ~75 % d’excédents dans l’Eurozone, il faut bien que des « PIGS » aient, eux, des déficits !)

    - Quels sont les mécanismes antidémocratiques de l’UE de Lisbonne qui ont donné aux agences de notation le pouvoir de faire trembler les gouvernements, et d’asservir, par la terreur de perdre la note AAA, ce qu’on appelait autrefois la « puissance publique » ?

    (*)cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/NAIRU

    Commentaire by Arzi77 | Le 14 juillet 2011 - 16 h 25 min

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