La BCE m’a élu banquier central de l’année (véridique)

Le 20 juillet 2011 - 10:02 | Commentaires fermés

Par François CARLIER, économiste, membre du groupe de travail mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme.

« Les gens vous appellent le banquier central de l’année et ils ont raison »…quand ce message de la BCE s’est affiché sur mon écran, je fus envahi par deux sentiments. D’une part, je me suis dit que le poste de banquier central venait juste d’être renouvelé et, qu’au vu de ce message, j’aurais dû envoyer un CV. D’autre part, j’ai eu un peu honte car, pour obtenir ce satisfecit, il a fallu que j’oublie toutes les recommandations effectuées par le présent blog.

Expliquons tout de même l’origine d’un tel succès. La BCE propose sur son site, à proximité de son dessin animé monétariste , un petit jeu où vous êtes dans la peau d’un banquier central.

 

 

Fonctionnement du jeu

On imagine qu’être à la tête de la BCE est une tache très complexe et qu’il faut lire des centaines de graphique. Pas du tout, le jeu vous donne une variable, fixer le taux d’intérêt, et un objectif, avoir une inflation juste en dessous de 2 % et la plus stable possible. Un indicateur est fourni, l’évolution de la masse monétaire, et, doctrine monétariste oblige, vous est présenté comme l’élément structurant.
Curieusement, la croissance et le taux de chômage figurent aussi mais sans constituer des objectifs ou des indicateurs pertinents de l’inflation. Disons qu’au moment d’élaborer le jeu, un responsable a dû dire « il faudrait quand même ajouter la croissance et le taux de chômage histoire de … ».

 

Un bonnet d’âne pour avoir fait baissé le chômage sans réduire l’inflation

A la première partie, je décide, un peu par provocation, de mener une politique très « laxiste »  en laissant un taux d’intérêt au plancher (à 0,25 %). Grosso modo, sur toute la période du jeu (2011-2018), la croissance a été en moyenne de 3 % et le taux de chômage, initialement de 7%, a rapidement rejoint le taux de 4-5 %. Mais je ne fus pas élu banquier central de l’année à cette partie. Au contraire, aucune étoile ne m’a été attribuée, car mon taux d’inflation moyen a été de 4 % ce qui est bien trop élevé.

Après quelques parties de tâtonnement, je finis pas trouver la « Trichet touch » et avoir un taux d’inflation compris entre 1,5 et 2 % puis me faire attribuer les fameux lauriers. On peut d’ailleurs souligner le caractère hypnotique d’un jeu idéal pour la BCE : il faut tenir sur un état stationnaire où l’inflation est à 1,83 %, puis à 1,96 %, puis à 1,85 % etc le tout sans regarder le niveau de croissance et de chômage car on risque de perdre sa concentration.
En fait, j’ai quand même regardé : le chômage est resté à environ 7 % et n’a pas connu la baisse survenue lors de mes premières tentatives fondées sur une stratégie laxiste.

En conclusion, on m’attribue un bonnet d’âne pour une partie où le taux de chômage baisse à 4% et on me félicite pour une partie où le taux de chômage reste à 7 %. On sait que, dans la réalité, la relation entre l’inflation et le chômage est complexe. Mais le fait est là et il est profondément indécent : la pédagogie de la BCE consiste à dire « pour nous seule l’inflation compte, le chômage et la croissance n’ont aucun intérêt » (ne parlons pas du développement durable).

On m’objectera que, depuis la crise financière, la BCE a pu adopter des stratégies non conventionnelles qui pouvaient tenir compte de la croissance et du chômage (ce qui n’est pas si sûr : l’objectif se limitait probablement à sauver les banques). Il reste que le jeu ici présenté constitue l’ADN profond de la BCE. Et cet ADN n’est pas seulement triste et mesquin, il est aussi dangereux pour notre avenir écologique et social.

 

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