Le jeu rend accroc…la lutte contre l’inflation aussi

Le 7 décembre 2011 - 10:22 | Commentaires fermés

Par François Carlier, économiste, membre du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme

D’aucuns s’en souviennent, j’ai entamé une brillante carrière de banquier central en participant au jeu en ligne economia de la BCE. Me hissant au sommet du podium, j’ai appris petit à petit que le taux de chômage ne comptait pas, que l’objectif essentiel était de maintenir constamment l’inflation sous le 2 % et que l’instrument unique résidait dans la manipulation du taux d’intérêt. (voir l’article de François Carlier « La BCE m’a élu banquier central de l’année« ).
Après un été fiévreux consacré à cette cible de 2 %, ma soif de stabilité des prix avait besoin d’être alimentée. Et mon début d’addiction fut satisfait par le nouveau jeu en ligne de la BCE, inflation Island.

Moins ludique que le précédent, celui ci propose une découverte et un questionnaire qui, en substance, explique que l’inflation représente le mal absolu en toutes circonstances. A travers des séquences sur un chantier, au supermarché, chez un ménage ou dans une banque on découvre qu’un monde avec une inflation modéré est le meilleur des mondes. Le parti pris, effectivement très huxleyien, consiste à dire que lutter contre l’inflation permet d’offrir de la « stabilité » et de « la visibilité », facteurs qui permettent …de tout avoir : croissance, emploi et bonheur notamment.

On est quelque peu surpris par la tonalité générale du discours alors même que l’époque connaît de violentes secousses. Par ailleurs, certains détails étonnent. Par exemple, les emprunteurs (ici l’Etat pour financer sa dette et un particulier qui achète sa maison) se réjouissent d’une faible inflation. On se prend à penser qu’une inflation un peu soutenue fait au contraire baisser le taux réel (ie : le taux nominal défalqué de l’inflation) et donc le coût d’emprunt. L’argument du jeu consiste à dire qu’à inflation faible correspond des taux d’intérêt nominaux très bas. Autrement dit, plus l’inflation est maitrisée et plus les taux réels seraient bas.  Mais, le jeu comporte bien un bug car au final, au moins pour les particuliers, les taux d’intérêt réels de la zone euro (grosso modo de deux ou trois points en moyenne sur la dernière décennie) sont historiquement élevés.

Un peu décontenancé par ce bug je continue à naviguer dans le jeu qui nous fait assister à des séances de cinéma consacrées aux crises d’hyper inflation dans l’Allemagne des années 1920  et au Zimbabwe des années 2000. A ce moment, la lumière se fait : si je n’adhère pas aux préceptes simples et apaisés de la BCE, si des doutes venaient à m’envahir et à me faire tourner le dos à la vérité, je vivrais  alors comme ces habitants du Zimbawe avec des brouettes de billets et des rayons de supermarchés vides.

Une telle perspective finit de lever les quelques hésitations qui ont pu poindre et, à l’issue de ce parcours initiatique, je comprends que l’addiction envers la lutte contre l’inflation est bonne pour la santé.

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Le révisionnisme monétaire

Le 27 octobre 2011 - 12:31 | 7 commentaires

Par Gabriel Galand et Alain Grandjean, économistes, membre du groupe de travail sur les questions financières mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme

 

Tout à leur conviction que la création monétaire ne peut être mise au service de tous, et notamment ne peut financer des investissements collectifs, certains économistes en viennent à nier la possibilité même de la création monétaire.

Ceci est une position révisionniste contraire aux faits et nous allons essayer de le montrer. Cette démonstration n’est pas simple car les arguments des révisionnistes présentent des variantes qu’il faut traiter avec soin.

Image : Euro money in pots par Images of Money sur Flickr

 
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Lettre de motivation pour le poste de chef économiste de la BCE

Le 22 septembre 2011 - 8:59 | Commentaires fermés

Monsieur le Président,

L’annonce par voie de presse de la vacance du poste de chef économiste de la Banque centrale européenne a attiré toute mon attention.
Travailler dans une institution qui pourrait un jour utiliser le pouvoir qui est le sien, la création monétaire, et servir un objectif de long terme, financer l’investissement pour l’écologie, est une ambition à laquelle j’adhère avec détermination et enthousiasme.
Mon parcours professionnel n’est pas tout à fait analogue à celui du précédent chef économiste, je n’ai donc pas travaillé de longues années au ministère allemand de l’économie puis occupé deux mandats de vice président de la Bundesbank. Contrairement au futur président de votre institution, je n’ai pas non plus travaillé chez Goldman sachs.
Ma démarche, fondée sur un mode projet, consiste plutôt à remarquer que les services économiques de la BCE ont utilement analysé le lien entre inflation et création monétaire mais qu’il se sont arrêtés à l’année 1990. Il parait important de poursuivre ce travail pour les deux dernières décennies qui montrera probablement que ce lien est très distendu. La possibilité de monétiser la dette sans créer une forte inflation constitue alors une opportunité stratégique que la BCE pourrait saisir.

C’est avec dynamisme que je vous fais ainsi part de ma candidature pour ce poste de chef économiste. Restant à votre disposition, je vous prie de croire, monsieur le Président, en l’expression de mes salutations respectueuses.

François Carlier, économiste, membre du groupe de travail « Financer l’avenir » mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme

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La BCE m’a élu banquier central de l’année (véridique)

Le 20 juillet 2011 - 10:02 | Commentaires fermés

Par François CARLIER, économiste, membre du groupe de travail mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme.

« Les gens vous appellent le banquier central de l’année et ils ont raison »…quand ce message de la BCE s’est affiché sur mon écran, je fus envahi par deux sentiments. D’une part, je me suis dit que le poste de banquier central venait juste d’être renouvelé et, qu’au vu de ce message, j’aurais dû envoyer un CV. D’autre part, j’ai eu un peu honte car, pour obtenir ce satisfecit, il a fallu que j’oublie toutes les recommandations effectuées par le présent blog.

Expliquons tout de même l’origine d’un tel succès. La BCE propose sur son site, à proximité de son dessin animé monétariste , un petit jeu où vous êtes dans la peau d’un banquier central.

 

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Le dessin animé monétariste. Vous en avez rêvé ? La BCE l’a fait !

Le 5 juillet 2011 - 12:26 | 2 commentaires

On a tous vécu ce moment en classe de 5ème où le professeur d’histoire-géo vous passe à la télé un documentaire ludique et pédagogique sur la démographie française ou sur le marché commun. Le son est déprimant, l’image est vieillotte et on n’écoute que d’une oreille. Saluons donc l’initiative de la banque centrale européenne (BCE) qui nous remémore ce moment en proposant un dessin animé qui explique aux jeunes générations le rôle de la politique monétaire.

Je ne résiste pas à vous raconter l’histoire de ce dessin animé.

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La Banque centrale est prête à tout pour maintenir son Dogme : exemple n°1

Le 22 juin 2011 - 19:38 | 1 commentaire
Roue d’argent
Financer plus ou moins gratuitement 600 milliards d’euros d’investissement public en 10 ans par la création monétaire, la proposition a de quoi surprendre et laisser sceptique. Prendre 600 milliards sur un arbre magique pour sortir des billets, si c’était aussi simple, on l’aurait déjà fait. Et ça ne peut pas être aussi simple. 

Une partie notable de cette suspicion provient en fait d’un conditionnement politique et intellectuel que nous avons tous subi et qui, avouons le, a triomphé. A partir du milieu des années 1980, il s’est installé un Dogme monétariste lancé par quelques illustres économistes, adopté par la banque centrale allemande puis relayé par les autres banques centrales européennes. L’incendie a enfin gagné les gouvernements, les administrations publiques, les universités et la presse.

 

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