Que retenir une semaine après le Sommet du G20 à Cannes ?

Le 9 novembre 2011 - 18:02 | 1 commentaire

Par Marion Cohen, pilote du groupe de travail sur la finance mis en place par la Fondation pour la Nature et l’Homme

Moins d’une semaine après le Sommet de Cannes (3-4 novembre) clôturant la présidence française du G20, celui-ci ne semble avoir été qu’un énième épisode de la crise de la zone euro. Dans son discours du 24 janvier, le président français avait pourtant annoncé qu’il entendait « ouvrir les chantiers de fond qui ne peuvent plus attendre« . 

Soutenir l’emploi et le développement, réformer le système monétaire internationale, lutter contre la volatilité des prix des matières premières, lutter contre la corruption et renforcer la régulation financière… autant de priorités ambitieuses finalement mises de côté suite aux rebondissements grecs et aux difficultés italiennes.

Dans un contexte quasi récessionniste et de crise sociale aigüe dans de nombreux pays sans oublier la persistance de la crise écologique, il aurait été plus que temps de saisir l’opportunité de ce rendez-vous international pour initier la bifurcation de notre économie. Parmi les chantiers à ouvrir celui des modes financement des Etats pour lancer un plan d’investissement dans la transition économique, écologique et sociale est fondamental. Rien de tout cela dans le communiqué final du Sommet de Cannes. Retour sur les événements de la semaine écoulée.

Image : G20 2011 par DonkeyHotey sur Flickr


Le G20 à quoi ça sert ?

Commençons par rappeler ce qu’est le G20. Créé en 1999 suite à la crise asiatique, il réunit les ministres des finances des 20 principales économies de la planète (19 pays + l’Union européenne) pour « favoriser la stabilité financière internationale et créer des possibilités de dialogues entre pays industrialisés et pays émergents« . Ne disposant pas de document constitutif  donc pas de mission clairement établie, le G20 a, cependant, gagné en notoriété avec la crise. Depuis le Sommet de Washington (novembre 2008), les réunions en formation ministre sont, en effet, doublées de sommet des chefs d’Etat et de gouvernement. Les communiqués finaux de ces sommets sont, cependant, uniquement de principe. Leur effet juridique est  peu contraignant.

Le G20 reste donc avant tout un forum assez informel de discussion entre pays avec un objectif de coordination des politiques économiques et financières. C’est pourquoi, les déclarations à la presse faites pendant cette grand messe ainsi que les nombreuses discussions bilatérales entre chefs d’Etat ont tout autant d’importance que les déclarations finales souvent absconses et très générales, sans engagement précis.

Le G20 ne disposant pas d’un secrétariat permanent, sa présidence est assurée chaque année par un nouveau pays, en charge d’organiser les réunions qui préparent le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement. La France assurait ce rôle cette année. L’année prochaine ce sera le Mexique.

Les pays membres du G20 :Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine , Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie + Union Européenne.

 

L’ordre du jour du G20 bousculé par la crise de la zone euro.

Avec l’accord du 27 octobre, les Européens pensaient arriver sereins à Cannes. Mais, l’annonce du référendum grec a replacé la crise de la zone euro en haut de l’agenda politique d’autant que la contagion a gagné l’Italie. Résultat : moins d’une semaine après le G20 les chefs de gouvernement de ces deux pays démissionnent. L’avenir de la zone euro ne semble pas plus garanti pour autant.

  • Le référendum grec oublié, Papandreou démissionne.

Suite à l’annonce du référendum grec, le président français et la chancelière allemande ont réagi violemment. L’octroi des 8 milliards d’euros promis à la Grèce récemment (= 6ème tranche du prêt de 110 milliards accordé à la Grèce par le FMI et le Fonds de stabilité financière européen lors du premier plan de « sauvetage » en mai 2010) a été conditionné à l’approbation du plan du 27 octobre.  Sans cet argent, la Grèce ne pourra rembourser ses obligations arrivant à échéance et sera déclarée en défaut de paiement mi décembre. Sous la pression internationale conjuguée aux oppositions internes, Georges Papandréou, le premier ministre grec, abandonne le référendum. En début de semaine, il annonce la constitution d’un gouvernement d’union nationale dont il ne fera pas partie. Sa première mission : approuver le plan de « sauvetage » du pays et les nouvelles mesures d’austérité qui vont avec. Voir notre article sur l’accord du 27 octobre pour plus de détails.

  • La contagion gagne l’Italie,  Silvio Berlusconi démissionne

L’Italie a une dette publique colossale (1900 milliards d’euros soit 120% du PIB) mais les fondamentaux économiques sont réputés meilleurs qu’en Grèce. C’est en fait la capacité de Silvio Berlusconi à mettre en œuvre les plans d’austérité votés cet l’été qui inquiète les marchés. Le président du conseil est de plus en plus contestés y compris par sa majorité. A la veille du G20, son gouvernement refuse de valider son décret anticrise. Les marchés s’affolent.  A l’issue du sommet, le pays est placé sous surveillance du FMI même si les termes employés dans le communiqué final sont plus diplomatiques. C’est ainsi l’Italie qui « invite » le FMI  à « procéder à une vérification publique de la mise en œuvre de ses politiques sur une base trimestrielle. » De retour chez lui, Silvio Berlusconi ne tient pas longtemps d’autant que les taux d’intérêt des obligations italiennes à 10 ans battent des records (6,77%). Le mardi 8 novembre, le président de la république italienne annonce la prochaine démission du président du conseil (mi novembre suite à l’adoption des mesures d’austérité promises à l’Europe). Les marchés se détendent légèrement mais dès aujourd’hui les taux sont repartis à la hausse dépassant les 7%. Si la tendance continue, la situation sera bien plus grave que pour la Grèce car ni le FESF ni les autres pays européens n’ont les moyens de venir en aide à la troisième économie européenne. Or l’aide ne viendra pas non plus de l’extérieur…

  • Les européens doivent se débrouiller seuls

C’est en substance le message qui ressort des différentes déclarations des chefs de gouvernement du G20 qu’il s’agisse des Etats-Unis ou des pays émergents. Alors qu’avec l’accord du 27 octobre, les Européens avaient ouvert la porte aux investisseurs internationaux pour qu’ils participent aux côtés du FESF à la résolution de la crise de la zone euro, les dirigeants des pays du G20 ont tour à tour envoyés des fins de non recevoir à l’Europe. C’est donc un des instruments destinés à démultiplier la « force de frappe » du Fonds européen de stabilité financière qui se trouve sérieusement compromis. Le communiqué final reflète bien cet état d’esprit : « Nous nous félicitons de l’adoption du plan global pour la zone euro et nous demandons sa mise au point et sa mise en œuvre rapides, ainsi que des réformes nationales. Nous nous félicitons de la détermination de la zone euro à apporter toutes ses ressources et toute sa capacité institutionnelle pour rétablir la confiance et la stabilité financière et pour assurer le bon fonctionnement des marchés monétaires et financiers. » Tout au plus est-il prévu que les ressources du FMI pourraient être augmentées.

Dès lundi, les ministres des finances de la zone euro se sont mis au travail. Le FESF réformé suite à l’accord du 27 octobre devrait voir le jour en décembre. Deux options non exclusives l’une de l’autre sont envisagées : un mécanisme d’assurance garantissant aux emprunteurs une partie de leur perte en cas de défaut et/ou une approche de co-investissement (cette dernière option étant comme on l’a vu sérieusement mise à mal par le G20). Voir notre article sur l’accord du 27 octobre pour plus de détails.

  • et le reste ??

Au delà de ces trois sujets, que retenir du long, trop long communiqué final du Sommet de Cannes ? Pas grand chose. Les autres sujets ont soit été passés sous silence, soit vite expédiés. Certes, l’importance de la production agricole est-elle affirmée ainsi que la volonté de voir aboutir les négociations climatiques à Durban en décembre ou la nécessité pour les pays développés d’honorer leurs engagements en matière d’aide publique au développement. Des outils sont mentionnés tels la taxe sur les transactions financières ou l’engagement en faveur de l’abandon progressif des subventions aux énergies fossiles. Seulement, cela reste bien peu.

Alors que la récession menace en Europe comme aux Etats-Unis sur fond de crise financière et sociale, alors que les pays émergents dont l’économie est basée sur les exportations subiront de pleins fouets la compression de l’activité dans les pays « développés », alors que les objectifs du millenium sont loin d’être atteints et que la crise écologique passée sous silence n’en demeure pas moins là, le communiqué final du sommet de Cannes manque singulièrement de souffle. On s’essouffle au contraire à le lire tant ses 95 paragraphes sont essentiellement constitués de déclarations d’intention et de réaffirmations d’engagements passés. Point de vision dans tout cela. Rien sur la nécessaire transition de notre économie pour qu’elle s’oriente vers davantage de partage, davantage de stabilité, davantage de durabilité dans la gestion des ressources naturelles. Contrairement, à l’affirmation finale du communiqué, le sommet de Cannes est loin d’avoir été « couronné de succès« .

 

Retrouvez les analyses sur le G20 2011 sur le blog général de la Fondation pour la Nature et l’Homme :

- Sommet du G20: environnement et développement ne doivent pas être oubliés – 2/11/11

- Une première pour le G20 agricole ! – 13/07/11

 

 

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Un commentaire

  1. Vous avez compris l’essentiel: il faut que les Etats reprennent leur devoir régalien de création de la monnaie sans intérêts. Mais ils en sont empêchés par l’article 123 du Traité de Lisbonne, de sorte que sa solution, même en passant par le Fonds Européen, ne pourra pas être acceptée. Il vous faut maintenant comprendre que les « dettes » sont purement comptables et scripturales, donc virtuelles.

    Une réflexion macro-économique est nécessaire afin de comprendre l’impasse du système financier actuel : conformément à l’article 123 du Traité de Lisbonne, les Etats signataires sont obligés d’emprunter sur les marchés privés car ils ont l’interdiction absolue de créer leur propre monnaie nationale et donc d’exercer leurs fonctions régaliennes traditionnelles. L’ouverture de crédits par les banques privées est une création de monnaie scripturale (ex-nihilo), instituant donc des dettes purement comptables. Ces emprunts appellent toutefois un double remboursement en monnaie réelle (capital+intérêt), créant ainsi une spirale de paupérisation car la monnaie correspondant à l’intérêt exponentiel n’a pas été créée.
    Il y a confusion entre l’argent réel et l’argent qui n’est que virtuel car constitué de crédits. Il s’agit de 2 masses monétaires différentes mais les dogmes anciens décrètent qu’il faut leur appliquer les mêmes règles : remboursement avec intérêts ! L’écriture des 51,8 millions d’euros « prêtés » par la Suisse au Togo a été simplement effacée (TG4-5/6/2011) de même que celle des 101 millions d’euros « prêtés » par la France au même pays : personne n’a été lésé car ces crédits ont été consommés comme de simples tickets de métro à jeter après usage. Et pourtant Sarközy s’est farouchement opposé, au G8, à toute idée d’une restructuration de la dette de la Grèce: « si la restructuration signifie qu’un pays ne rembourse pas ses dettes, c’est non !  » s’est exclamé l’Elyséen qui visiblement se sent plus solidaire des Togolais que des Grecs : jusqu’où ira ce sadomasochisme financier ?
    Ces écritures remplacent les injections de monnaie par planche à billet régalienne et peuvent donc être retirées des bilans (effacement) sans inconvénient (comme un timbre-poste oblitéré après avoir rempli sa fonction d’acheminement). Le taux de fonds propres des banques « prêteuses » est largement inférieur à celui des Etats emprunteurs, dont les fonds propres se mesurent à leurs inestimables actifs nationaux. Le seul prix Nobel d’Economie français (1988), Maurice Allais, avait parfaitement compris l’origine de ce blocage puisque, dans l’édition du 20 octobre 1988 du journal « Le Monde », il écrivait ceci : « Il n’y a pas de différence aujourd’hui entre le métier de banquier et celui de faux-monnayeur. »

    Commentaire by M. Denis Bloud | Le 20 novembre 2011 - 14 h 51 min

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