Crise de la zone euro : quand les solutions innovantes seront-elles mises en oeuvre ?

Le 12 septembre 2011 - 14:53 | 2 commentaires
Enième épisode de la crise financière, celle de la dette publique tant en Europe qu’aux USA,  est telle qu’elle pourrait conduire l’économie occidentale dans les pires difficultés.Suite à la crise des subprimes, une fenêtre d’opportunité s’était pourtant ouverte pour modifier les déséquilibres de la finance globalisée. Malgré plusieurs rendez vous internationaux, et une ambition affichée des gouvernements de réformer en profondeur la sphère financière, les récents évènements montrent que peu de choses ont changé.

Aujourd’hui, les Etats semblent plus que jamais pris dans la tourmente des marchés comme en témoigne notamment l’impuissance qui semble se dégager du dernier G7. C’est particulièrement vrai en Europe où hors de l’austérité aucune piste n’est envisagée. Il est plus que temps de replacer sur le devant de la scène des projets d’avenir qui font sens afin de susciter l’élan collectif nécessaire pour sortir de la crise.

 

 

L’échec des plans d’austérité en Europe

Les Etats européens sont à genou. Les plans de sauvetage des banques en 2008, les plans de relance et la récession de 2009 ont eu des effets désastreux sur les finances publiques déjà mises à mal par 30 ans de réduction des impôts et de prédominance du régime de l’argent dette (1). Qu’ils n’aient plus accès au financement sur les marchés, soit pris dans la tourmente de la montée des taux d’intérêts ou seulement inquiets d’une possible dégradation du sacro saint AAA, les Etats réagissent en essayant d’apporter satisfaction aux « marchés ». C’est ainsi que se multiplient les plans de rigueur en Europe (voir l’article du Monde « Tour d’Europe des plans de rigueur« ). Seulement, il existe une contradiction évidente entre des plans d’austérité qui améliorent  facialement les comptes publics et leurs conséquences récessives qui réduisent les ressources fiscales et rendent le remboursement des dettes pour le moins improbable.

L’échec des mesures mises en œuvre en Grèce mis en évidence dans le rapport de la commission de contrôle du budget est là pour en témoigner : « les mesures d’austérité prises par le gouvernement ne peuvent pas restaurer l’état des finances malgré le gigantesque effort demandé au pays. Le déficit budgétaire, loin de se réduire, s’est creusé « . La dette est désormais «  hors de contrôle « . Malgré les dénégations des gouvernants grecs, l’éventualité du défaut de ce pays reste sur la table.

Si l’exemple Grec ne peut être probant à lui seul (du fait de la fraude fiscale généralisée dans ce pays),  les mauvais résultats du second trimestre en Europe sont là pour confirmer que la rigueur ne fait pas bon ménage avec l’activité économique (2). Jeudi 8 septembre la BCE a revu ses prévisions de croissance à la baisse (1,6% de croissance pour la zone euro en 2011 au lieu de 1,9% dans les prévisions précédentes  ; 1,3 %, contre 1,7 % pour 2012) et l’OCDE a alerté sur le risque de retour de la récession. De l’autre côté de l’Atlantique, le président Obama a annoncé un nouveau plan de relance de plus de 400 milliards d’euros.

Entendons-nous bien, il est nécessaire de rétablir une saine gestion des comptes publiques. Nombre de décisions passées sont à revoir pour y parvenir (subventions aux énergies fossiles, baisse des impôts sur les plus haut revenus, sur les grandes entreprises par exemple…).  Seulement, cela ne doit pas se faire aux dépends des investissements d’avenir, toujours plus nécessaires pour éviter un retour socialement dévastateur de la récession et surtout pour amorcer la transition de notre économie vers davantage de durabilité.

 

L’accord européen du 21 juillet pour sauver la Grèce est-il déjà caduque ?

Comme nous l’avions anticipé l’accord européen du 21 juillet, qui est en train d’être adopté par les parlements de la zone euro, n’aura rassuré les marchés qu’une petite semaine. Sans même parler du retour de l’éventualité d’un défaut de la Grèce, l’Espagne et l’Italie ont officiellement rejoint pendant le mois d’août le camp des mauvais élèves. Ils  ont vu également le coût de leurs emprunts s’apprécier pour dépasser les 6%, seuil jugé critique au-delà duquel la Grèce, l’Irlande et le Portugal ont fait appel à l’aide de l’Europe et du FMI pour se financer.

Cela laisse présager de l’échec du Fonds européen de stabilité financière (FESF)(*), même si ses pouvoirs devraient s’accroître une fois l’accord du 21 juillet adopté. En effet, d’après Eurostat le montant des dettes publiques des pays aujourd’hui en difficulté s’élève à 3 118,2 milliards d’euros soit plus de 34% du PIB de la zone.

Le SEFS a l’autorisation de lever 440 mds d’euros et s’est déjà engagé à prêter 236 mds d’euros (3). Les montants sont sans commune mesure ! De plus, même si le fonds pouvait lever sur les marchés et donc prêter davantage comme beaucoup le recommandent, resterait le problème des pays apportant leur garantie.  Le financement du fonds de stabilité repose sur la contribution proportionnelle des Etats européens (4). Après l’Allemagne et la France, l’Italie et l’Espagne sont les principaux contributeurs du FESF. Comment ces deux pays, qui ont franchi la ligne rouge sur les marchés financiers, pourront-ils apporter leur aide ? Même en cas de relèvement des montants, plus le FESF a de pays à « aider » moins il a de pays pour garantir les fonds levés.

Cela laisse également préfigurer du sort d’éventuels eurobonds, envisagés par certain comme la solution à la crise. Les partisans des obligations européennes soulignent que l’émission de titres de dette communs à l’ensemble des pays de la zone permettrait de gommer les différences de traitement entre les pays. Seulement, à moins de mettre en place une véritable politique budgétaire européenne alimentée par des impôts, les eurobonds seront garantis par les Etats. Mutualiser les dettes ne les fait pas disparaître or même la France et l’Allemagne qui ne sont pas encore ciblés par la spéculation ont des dettes importantes (environ 80% de leur PIB).

 

La Banque centrale européenne (BCE) déroge de nouveau à son dogme

Finalement, l’emballement n’a été évité que par l’intervention de la BCE qui a déclaré mi août, avoir acheté 22mds d’euros de dettes publiques européennes sur le marché secondaire (*) soit un montant total de 96mds d’euros (à comparer aux 900 mds de la FED suite aux opérations Quantitative Easing (*) 1 et 2 et aux 198 mds de rachat de Gilt par la Bank of England fin 2010)(5). Cette décision, en contradiction avec l’orthodoxie monétaire comme en témoigne la démission hier de Jürgen Stark, l’économiste en chef de la BCE, est à saluer car elle montre de plus en plus de liberté de la BCE par rapport au dogme selon lequel elle ne peut acheter de titres publiques.

Il est, cependant, important de noter la différence fondamentale entre notre proposition Financer l’avenir sans creuser la dette et les interventions des Banques centrales sur le marché secondaire. En effet, dans notre cas les financements sont fléchés vers des investissements qui permettent de relancer l’activité tout en réorientant l’économie dans le sens de davantage de durabilité. Dans le cas du quantitative easing, en achetant des titres de dette sur le marché secondaire, les Banques centrales fournissent en monnaie centrale les banques secondaires et augmentent donc leur capacité à créer de la monnaie par leurs crédits. Ensuite, cette nouvelle capacité à prêter peut être utiliser pour faire des prêts à l’économie réelle mais également pour permettre à leur gestionnaire d’actifs de faire de l’effet de levier. Ainsi, comme le notait Patrick Arthus dès février 2011 « la croissance de la liquidité n’a provoqué essentiellement que : 1/des achats de titres des émergents, d’où les flux de capitaux vers ces pays, l’appréciation des taux de change et la hausse des cours boursiers dans ces pays ; 2/de matières premières, d’où la hausse de leurs prix ».

Enfin, ajoutons que l’intervention de la BCE a eu un prix qui semble démesuré. Le Corriere della Sera a révélé le 8 août que, dans une lettre secrète, la BCE avait conditionné son soutien à l’Italie à l’adoption d’un quasi « programme de gouvernement » posé des conditions précises à l’Italie en échange de son soutien. Il est pour le moins troublant qu’une organisation monétaire sans légitimité démocratique tente d’imposer sa politique à un Etat.

 

Alors où va t-on ?

Combien de temps nos gouvernants vont-ils continuer à faire toujours plus de la même chose ? Combien de temps encore de cet aveuglement collectif ? Les signaux témoignant de notre erreur se multiplient que ce soit du côté des Etats dont les marges de manœuvre se réduisent chaque jour, ou du côté des banques dont les cours de bourse sont régulièrement chahutés faisant craindre un nouveau crash financier. Aujourd’hui, nous ne parlons plus que d’argent, de dette, de déficit, de crise. La précarité et les inégalités qui s’accentuent, les enjeux écologiques toujours plus présents, les protestations pacifiques ou violentes dans de nombreux pays européens… tout cela ne compte-t-il pour rien ? Il est grand temps d’essayer de résoudre la crise en mobilisant les citoyens sur une vision d’avenir positive. Arrêtons de ne parler que d’argent et parlons des projets ! C’est dans cet optique que nous avons soumis notre proposition « Financer l’avenir sans creuser la dette ».

 

NOTES

1. D’après le député Gilles carrez l’Etat français a perçu en 2009 près de 100 milliards d’euros d’impôt en moins de ce qui aurait été le cas si le niveau d’imposition était resté celui de 2000. Rapport d’information n°2689 – Gilles Carrez – 2010
Régime de l’argent dette : cela signifie que toute création monétaire est la contrepartie d’une dette.
2. Croissance économique de 0,2% dans la zone euro et dans l’UE27, de 0% en France au second trimestre 2011. Source : Eurostat news release 127/2011
En juin 2011, le taux de chômage moyen s’élevait à 9,9% pour la zone euro et 9,4% pour l’UE27, en légère baisse par rapport à 2010. Il atteignait 21% en Espagne. Source : Eurostat news release 124/2011.
3. Pour le détails de ce chiffre voir la note 5 de l’article de l’article de Frédéric Lordon Le commencement de la fin
4. D’après le site du ministère des Finances, chaque État membre apporte au FESF une garantie proportionnelle à sa quote-part dans le capital de la Banque centrale européenne (BCE), augmentée de 20 % (afin de prendre en compte le fait qu’un État en difficulté pourrait ne pas participer à la garantie,que ce soit pour un prêt en sa faveur ou pour des prêts à un autre État membre). Pour la France cela représente un plafond de garantie à 111 Md€, soit 25,2% du financement.
La clef de répartition dans le capital de la BCE se trouve ici. Cependant, pour la clef de répartition au FESF il ne faut pas tenir compte des Banques nationales non membres de la zone euro.
5. Source – Flash Economie Natixis Indépendance des banques centrales et crises souveraines : une perspective historique 07/11

 

 

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2 commentaires

  1. Bonjour,

    On sent bien l’urgence dans le ton de votre article, mais jusqu’à quel point ? Craignez-vous qu’une accélération de la crise ou un événement quelconque puisse, avant même les présidentielles, compromettre définitivement la mise en oeuvre de votre proposition ? Parce que dans ce cas, on est mal: je vois mal le gouvernement se lancer là-dedans à quelques mois des élections, compte tenu notamment du temps nécessaire au choix des investissements à financer ! D’ailleurs à l’heure qu’il est a-t-il seulement manifesté un quelconque intérêt pour le programme « Financer l’avenir … » ? Ou l’un des candidats ? Aux dernières nouvelles de Marion, c’était non …

    Commentaire by Didier Pouvreau | Le 22 septembre 2011 - 21 h 24 min

  2. Bonjour Didier et merci de vos réactions !
    Bien sûr il y a urgence et à plus d’un titre d’ailleurs car la crise économique et sociale actuelle n’a pas fait disparaître la crise écologique. Pour l’instant, pas de retour du gouvernement et je doute également qu’il y ait un changement majeur avant les élections (ce n’est que mon avis personnel). Notre travail c’est de faire des propositions, de les porter en espérant que viendra un moment où toutes les solutions « classiques » ayant été épuisées, on commencera à écouter celle qui sont plus hétérodoxes.

    Commentaire by Marion | Le 23 septembre 2011 - 11 h 15 min

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